@position retour : Interview Jean-Marie Montel - Délégué Général du Cidem

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Interview Jean-Marie Montel
Délégué Général du Cidem
" Nous ne réduisons pas la démocratie au vote (il existe d'autres moyens d'expression comme les pétitions, les grèves, etc.) mais il en est l'un des piliers. Notre objectif, c'est de faire entendre que la démocratie repose sur le principe : "un homme, une voix ".  "

Dans l’ombre il y a encore peu, le Cidem s’affiche aujourd’hui sur la plupart des supports médias. Est-ce une conséquence du regain civique de la dernière élection présidentielle ?
Le Cidem est une association créée par la Ligue des Droits de l'Homme et la Ligue de l'Enseignement dès 1984. Nous avons donc mené des missions et des campagnes en faveur du civisme et de la démocratie bien avant la dernière élection présidentielle. Dès décembre 2000, nous lancions une campagne d'incitation à l'inscription sur les listes électorales en vue des élections municipales et cantonales de mars 2001. Notre action ne remonte donc pas qu'au mois de mai dernier. Néanmoins, les résultats du 1er tour de l'élection présidentielle ont marqué les esprits. Notre campagne "Ne pas voter, c'est laisser les autres décider à votre place" s'est révélée finalement trop d'actualité... Prémonitions ? Je ne pense pas, simplement, toute campagne électorale impliquant la participation de chacun et donc l'expression de son choix est sujette d'une part à la libre expression de tous et d'autre part à la non implication de certains. En mai dernier, nous avons confondu les tous et les certains et nous en avons fait l'amère expérience... Il aura aussi fallu un tel électrochoc pour que les pouvoirs publics s'investissent encore plus afin d'anticiper et d'endiguer de telles situations.

Quels rapports de cause à effet y-a-t-il eu entre la volonté de promouvoir civisme et démocratie avant le 1er tour et l’investissement civique des électeurs entre les deux tours ?
Nous avons effectivement constaté une affluence toute particulière entre les deux tours. Notre rôle n'étant pas d'être donneur de leçons, nous avons avec nos moyens d'écoute et de conseils gérer une situation dans laquelle la plupart des électrices et électeurs ne s'étaient jamais retrouvés : une colère profonde, des remords et la frustration de ne pas pouvoir agir... (pour les non inscrits). Notre discours et nos campagnes sont effectivement sûrement mieux perçus aujourd'hui qu'hier. Nous assumons pleinement notre rôle et l'étendons à des problématiques européennes (Les caravanes pour l'Europe).

Le Cidem agit médiatiquement pour le compte du civisme depuis sa 1ère campagne en décembre 2000. Sur Internet aussi ?
Notre investissement sur le Web remonte à décembre 2000. Nous sommes parfaitement conscients de l'importance de ce vecteur médiatique. Nous suivons donc très scrupuleusement nos visites sans cesse croissantes (près de 100 000 pages vues par mois). Notre site nous permet de prolonger les campagnes de communication "classiques" que nous mettons en place. Il est aussi un support primordial d'informations et d'annonces (aujourd'hui près de 500 pages de notre site sont présentes dans les moteurs de recherche).

Comment utilisez-vous aujourd’hui Internet pour la promotion du Cidem ou de ses campagnes ?
Le site du Cidem se découpe en trois grands axes : Comprendre, Agir et le Cidem. Toutes nos campagnes en cours et passées sont accessibles accompagnées des affiches et des spots radio et télé. Le site du Cidem est avant tout un portail d'informations et de connaissances : les questions essentielles telles que "vos droits lors d'un contrôle d'identité", "ressortissants européens : votez aux municipales" , "agir contre les violences conjugales", "mes droits de citoyen européen" et bien d'autres sont abordées en détail. On y retrouve aussi une trentaine d'initiatives invitant l'internaute autant à sa documentation qu'à son investissement bénévole. Enfin, l'axe Comprendre synthétise de façon assez complète les différents thèmes du Cidem : Discriminations, Droits de l'homme, Économie sociale et solidaire, Éducation, Égalité hommes femmes, Élections, Environnement et développement durable, Europe, Exclusions sociales, Laïcité. Textes de référence, portraits, éclairages, enjeux, initiatives, pour ou contre, fiches pratiques enrichissent cette rubrique.
Internet est donc pour nous un important support d'informations et relais de nos événements. Travaillant très étroitement aussi avec les associations membres du Cidem ainsi qu'avec l'Etat, nous bénéficions de nombreux supports d'image et d'implication sur des sites "partenaires" (plus de 350). Enfin, le Civisme est une affaire humaine, il doit autant être enseigné qu'être vécu, le "bouche à oreille" fait alors son office...

Au cours de l’élection présidentielle, les médias ont beaucoup parlé du vote électronique. Quel avenir lui réservez-vous ?
Le vote électronique est sûrement un des moyens les plus adaptés à la participation massive au vote lors des élections. Néanmoins, plusieurs problèmes d'importance se posent : l'égalité de tous face à l'outil (tous les foyers français ne possèdent pas le matériel suffisant et il existe de plus une inégalité de technologie de ces matériels - ajouter à cela l'inégalité des connexions et des modes de connexion), la capacité de chacun à pouvoir y répondre (l'utilisation du matériel informatique adéquat n'est pas une compétence inhérente à chacun en fonction de nombreux critères tels que l'âge, la langue, la capacité physique, etc.), la confidentialité du vote (symbolisé par l'isoloir, la confidentialité du vote est un des fondements de la démocratie - même avec toutes les protections envisageables, les "traces" laissées par un internaute peuvent troubler ce principe de confidentialité). Pour ces raisons, le vote électronique ne me semble pas encore d'actualité.

Qu’entendez-vous par « le web citoyen » ?
Le CIDEM s’est fixé pour but de remettre le civisme au goût du jour, en s’adressant à tous et à toutes, sans distinction d’âge, de sexe, d’origine, de territoire, de croyance ou de religion. Pour lui, l’esprit civique entraîne un comportement dynamique. Il ne doit pas être réduit à une leçon de morale, mais associer chacun à la réflexion sur les comportements individuels et collectifs qui font vivre la démocratie. Reposant sur le vote et la pratique des droits politiques des citoyens, il implique plus largement un engagement pour des causes collectives, pour s’occuper des autres et agir avec eux, tel qu’on le trouve dans la vie associative. Car les associations, qu’elles défendent l’éducation, combattent le racisme, promeuvent les droits de tous les résidents ou développent la solidarité internationale, toutes les associations vivantes, du scoutisme aux initiatives d’aide aux plus démunis, sont par nature des lieux d’éducation au civisme et à sa pratique.
Pour le CIDEM, le champ d’action de l’esprit civique ne se restreint pas aux limites de l’hexagone. Il implique aussi l’idée de citoyenneté européenne et de solidarité Nord/Sud. Son ambition est de faire évoluer les comportements de chacun dans le sens d’une plus grande conscience du " vivre ensemble ", et par la volonté de rendre meilleur le monde où nous vivons.
Comment faire vivre la démocratie, telle est la question qui se pose aujourd'hui. Or, celle-ci ne s'use que si l'on ne s'en sert pas. Nous ne réduisons pas la démocratie au vote (il existe d'autres moyens d'expressions comme les pétitions, les grèves, etc.) mais il en est l'un des piliers. Notre objectif, c'est de faire entendre que la démocratie repose sur le principe : "un homme, une voix ".

 
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